Invités par les vergers Latapie, à l’occasion de leur soixantième anniversaire, ils donneront une conférence à l’Armorique cinéma, à Malestroit, le 6 octobre, à 20h30.
Qui sont-ils ?
Lydia Bourguignon, maître es- sciences et Claude Bourguignon, ingénieur INAPG, ont dû quitter l’INRA car, quand ils ont démontré que les sols mouraient biologiquement, on leur a demandé de se taire.
Ils se sont mis à leur compte, estimant de leur devoir de scientifiques d’alerter le monde agricole que la voie choisie n’était pas la bonne, qu’une agriculture ne peut être pérenne que si le sol est vivant.
Que font-ils ?
Ils créent leur propre laboratoire : le LAMS (Laboratoire d’Analyse Microbiologique des Sols). C’est le seul laboratoire de France à faire une analyse physique, chimique et biologique des sols au service des agriculteurs.
On pourrait les appeler « les médecins du sol ». A la demande des propriétaires, ils auscultent les entrailles de la terre pour mieux poser un diagnostique sur sa santé. Ils observent, étudient et analysent la terre pour voir ce qu’il est mieux d’y cultiver. Ces analyses, au microscope sur place et en laboratoire, montrent si le sol abrite une vie multiple, preuve qu’il est bien vivant.
Claude Bourguignon : « L’essentiel des sols agricoles sont biologiquement morts. On a détruit, en 50 ans de cultures intensives, 90% de l’activité biologique de nos sols. Prenons une espèce comme le ver de terre, on est passé, en 50 ans, de 2 tonnes de vers de terre à l’hectare à 50kg. Il faut restaurer avant qu’il ne soit trop tard ».
Les techniques agricoles sont les principales causes de cette destruction.
Un sol vivant, c’est une biomasse vivante. Dans un sol normal, 80% de la masse vivante vit dans le sol. Le rôle des animaux est de créer des galeries et de permettre à l’oxygène de rentrer dans le sol et ainsi d’entraîner la mise en route d’un processus très important qui est la transformation de la litière, de la matière organique, en humus. Le rôle des animaux, c’est de créer une structure qui va s’attacher aux argiles et former le sol, le complexe argilo humique. C’est ce complexe qui va servir de nourriture aux plantes.
Aujourd’hui, les sols étant appauvris, les plantes sont essentiellement nourries avec les 3 engrais, NPK (azote, phosphore, potasse).
Claude Bourguignon : « Ce sont des plantes déséquilibrées, comme un enfant qui mange trop de gras et qui devient obèse. Vous avez des plantes qui ont un vert magnifique mais en fait, elles sont malades, il faut les soigner avec des pesticides qui sont eux-mêmes des poisons qui achèvent la vie du sol. Les gens mangent des plantes malades, ils sont malades, ils prennent des médicaments ! Comme ce sont les mêmes entreprises qui font les pesticides, les engrais chimiques et les médicaments, vous avez un système qui tourne très bien ! Bien sûr, on me retourne l’argument que l’on vit de plus en plus vieux, mais les personnes âgées d’aujourd’hui ont consommé des produits sains jusqu’à 45/50 ans».
C’est le système agricole qui provoque l’érosion et donc les inondations. On perd en moyenne 40 tonnes de terre par hectare et par an. Le désert avance, même en Europe.
Lydia Bourguignon : « Comme il n’y a plus de vie, le sol va perdre ses éléments. Quand il pleut, les rivières sont complètement colorées, vous avez de la terre sur les routes, c’est parce que le sol n’est plus du tout tenu. L’érosion, c’est la conséquence de la mort des sols ; ce n’est pas du tout naturel. »
Claude Bourguignon : « Depuis 20 ans nous traversons les années les plus sèches de l’histoire de l’Europe et jamais il n’y a eu plus d’inondations. C'est-à-dire que l’on a inventé avec la culture intensive, les inondations en périodes sèches, ce qui est très fort ! Et les écologistes s’interrogent actuellement : à quel moment l’humanité va s’écrouler ? Pour le moment, on a détruit 90% de la biodiversité et ça va encore pour nous. Est-ce que c’est à 95% que le système va lâcher ? C’est la question des biologistes et on ne sait pas ! »
Ils sont les auteurs du livre « Le sol, la terre et les champs», aux Editions Sang de la Terre, ouvrage de référence en agroécologie.




