De plus en plus d’expériences de monnaie complémentaire se développent au niveau local. Sans doute ces innovations monétaires sont disponibles aujourd’hui pour résoudre structurellement les défis créés par la crise et peut-être même changer cette crise en une opportunité ?
Mais qu’est-ce qu’une monnaie complémentaire ?
Une monnaie complémentaire est une monnaie pouvant être utilisée en complément à la monnaie nationale, et visant à favoriser le développement économique d’un territoire, d’un secteur, ou d’activités spécifiques. Une monnaie complémentaire ne représente donc pas un substitut à la monnaie officielle.
Pourquoi les monnaies locales complémentaires s’inscrivent dans la dynamique des Villes et territoires en transition ?
Elles permettent de soutenir l’économie locale, par le soutien aux acteurs des circuits courts de distribution,
- en incitant les acteurs de l’économie sociale et solidaire et les producteurs et vendeurs de produits bio à entrer en priorité dans le système elles confortent les acteurs économiques ayant fait des choix éthiques fondés sur le respect de la vie, de la nature de l’environnement,
- ce faisant, elles permettent d’éviter que des plus values artificielles soient réalisées par la grande distribution, plus values qui profitent essentiellement aux actionnaires de ces sociétés, et aussi par les banques, dans lesquelles les soldes positifs de nos comptes courants et de nos comptes épargne servent aussi à alimenter la spéculation, et à soutenir les multinationales.
- Elles réduisent sensiblement notre dépendance par rapport au système bancaire compétitif et spéculatif, qui ne soutient que les plus riches.
- ne circulant que dans en espace de proximité, auprès d’acteurs économiques déjà engagés dans des choix écologiques, elles renforcent la coopération, la convivialité, et permettent de redynamiser le tissu social et économique local, pouvant aller jusqu'à la création d’emplois « durables », équitables.
Comprenons comment ça fonctionne à travers l' expérience de 2 villes
L’expérience de Roanne
Imaginez un bon d'achat réutilisable qui ne marche que dans le roannais.
Dépensé à l'épicerie, il permettra à l'épicier de faire ses courses de légumes, au maraîcher de payer l'électricien, ce dernier pouvant l'utiliser pour une coupe de cheveux, et ainsi de suite, sans jamais faire grossir la prime de fin de mois du trader. Ce ticket restaurant-artisan-commerçant-paysan... c'est une coupure de Commune, une monnaie complémentaire locale valable dans l'Eco-Réseau du Roannais.
Lancé par l'Eco Réseau du Roannais, un collectif d'associations, ce nouvel outil d'échange a trois atouts principaux :
Autonomie économique locale : comme une carte de fidélité, la commune favorise les échanges commerciaux dans le réseau local en augmentant légèrement le pouvoir d'achat. Pour les entreprises, la Commune incite à trouver des fournisseurs locaux. C'est un moyen de préserver la valeur de notre travail dans notre région et dans un circuit qui partage une certaine éthique.
Un aspect coopératif : La trésorerie de notre association pourra servir partiellement à acheter en euros ce que nous ne produisons pas localement (riz, huile d'olive, sucre...) et à le revendre en Communes dans une épicerie coopérative. Plus tard cette trésorerie permettra également des prêts sans intérêts, en Communes et en Euros.
Un impact sur le monde : en organisant démocratiquement les objectifs de cette monnaie, en refusant les intérêts bancaires, on démontre qu'une autre logique économique est possible, loin du profit max et des « banqster » où l'argent roi est remplacé par un outil plus juste au service de tous.
Comment ça marche ?
La règle générale est la suivante : Une Commune = un Euro, cela simplifie le travail de comptabilité.
Les Communes s'obtiennent en convertissant des Euros au comptoir de l'Eco-Réseau. Pour 100 €, on obtient 110 C. Elles servent de moyen de paiement auprès des prestataires adhérents recensés dans un annuaire. Ces prestataires peuvent ensuite sous conditions reconvertir leurs communes en Euros auprès du comptoir (110 C pour obtenir 100 €).
Les Euros collectés par l'éco-réseau ne dorment pas sur un compte, ils servent à garantir la valeur de la Commune et pour une partie de fonds d'investissement solidaire pour des prêts sans intérêts.
L’expérience de Toulouse
ça y est, le Sol-Violette, monnaie complémentaire toulousaine, va commencer à circuler !
Des coupons d'échange de 1, 5 et 10 Sols... aux couleurs de la Ville... de véritables bulletins de vote. Dès vendredi 6 mai, vous pourrez régler tout ou partie de vos achats en Sols chez des prestataires respectant l'Homme et la nature!
C'est quoi une monnaie complémentaire ? C'est quoi cette histoire de SOL-Violette ?
Tout simplement une façon de se réapproprier la monnaie. Aujourd'hui, 1€ créé ne circule que 2,5 fois avant d'être annulé (remboursement de la dette) ou d'être confisqué par les marchés financiers. Pourtant, c'est la circulation de l'argent qui créé la richesse... alors si l'€ ne circule pas dans l'économie réelle (97% des échanges se font sur les marchés financiers), il faut trouver autre chose pour créer la richesse.
Avec une monnaie complémentaire, 1 Sol créé (en bloquant 1€ au Crédit Coop) est obligé de tourner, de passer de main en main... il ne peut être confisqué par les marchés financiers. S'il reste dans la poche de quelqu'un pendant 3 mois et un jour, il perd de sa valeur. D'autre part, quand le Sol est sorti du jeu (par quelqu'un qui veut le reconvertir en €), il perd une partie de sa valeur. Tous ces subterfuges n'ont qu'un but : faire circuler la monnaie pour créer de la richesse.
Ça sert à quoi ?
Ça sert donc à créer de la richesse... mais pas n'importe où! Seulement dans un cercle vertueux, chez des prestataires qui s'engagent du côté de l'Homme et de la nature!
Qui crée les Sols ?
La Mairie de Toulouse a voté un budget conséquent pour l'expérimentation qui démarre dans quelques jours. Une partie de ces Sols sera distribuée à des bénéficiaires d'aides sociales (30 chômeurs de 3 maisons de chômeurs recevront ainsi 30 Sols par mois pendant la durée de l'expérimentation), une autre partie sera distribuée à quelques "ambassadeurs du Sol", identifiés par les prestataires. Ils recevront une carte d'adhérent et 30 Sols. D'autre part, la Mairie pourra accorder des subventions €+Sols.
Nous, les consommateurs ou Solistes, en convertissant quelques € en Sols.
Les entreprises agréées peuvent également amorcer la pompe en convertissant qqs € en Sols et en récompensant en Sols certains clients (par exemple).
Où peut-on dépenser les Sols ?
Dans tous les lieux qui ont reçu un agrément par le CLAS (Comité Local d'Agrément Sol)... qui respectent l'Homme et la Nature... et/ou qui s'engagent clairement dans ce sens... en gros: les magasins bios, ou de service avec réinsertion, les cinés art et essai, des épiceries solidaires... la liste et la carte de Toulouse avec les premiers prestataires agréés : http://www.sol-violette.fr/les-partenaires
Cette liste sera mise à jour quand de nouveaux prestataires seront agréés. D'autre part, quand vous devenez adhérent, un petit document avec descriptif et localisation des prestataires vous est distribué.
Concrètement, ça va se passer comment ? faut-il 'un nouveau porte-monnaie ?
Concrètement, je vais comme d'habitude faire mes courses, par exemple pour acheter de la nourriture. Je fais 30€ de courses, je décide de les régler en Sols. Je donne donc mes 3 jolis coupons d'échange Sol (avec leur protection bulle pour que les faussaires ne jouent pas à les photocopier)...
Et en faisant ça, je crée de la richesse ?
Si mon magasin d'alimentation règle son fournisseur de carottes locales en Sols, et si le fournisseur de carottes va s'acheter un vêtement en coton bio, et si le vendeur de vêtements paie à son tour en Sols une entreprise de services également agréées, et si cette entreprise utilise l'auto-partage ou les services du garage associatif (ou les vélos en location longue) et qu'elle les paie avec les 30 Sols du départ, que l'un de ces prestataires redonne la monnaie en Sols à des clients adhérents, et si ces clients... le Sol aura circulé plus de 2,5 fois, plus qu'1€... il aura donc créé plus de richesse qu'1€!
Et que deviennent les € bloqués ?
On l'a vu plus haut, 1 SOL est créé par le blocage sur un compte de 1€. On n'aurait pas le droit de déconnecter complètement les Sols des €, ce serait alors une création de monnaie, et seul un État a (?) ce droit.
Pendant que les Sols tournent, de main en main, les € bloqués sur un compte au Crédit Coop font des intérêts (?), et c'est la communauté Sol (via le CLAS) qui décide de la façon dont sera dépensé cet argent. Il manque une boulangerie dans le quartier bidule, aidons un boulanger bio à s'y installer... (par exemple).
Par l'étude des reconversions de Sols en €, le CLAS ajustera l'offre... et après cette phase expérimentale (qui va durer jusqu'au 31 décembre 2011), tout Toulouse pourra être concerné
C'est vraiment une super expérience qui commence là... une monnaie alternative pour se réapproprier cet outil... voire même un système que nous construisons aujourd'hui en parallèle de l'€ mais qui serait susceptible de prendre le relais si (quand) ce système pourri se cassera vraiment la figure...
Différentes expériences sont en projet ou en étude, en Bretagne. L’héol devrait démarrer en novembre à Brest.




