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Concepts pour une Justice d’Echanges Universelle (JEU)

« C’est la monnaie qui dirige le monde… »

D’un point de vu psychologique cette assertion bien connue a du vrai ; d’un point de vu strictement technique elle est totalement fausse. La raison pour laquelle cette assertion est erronée réside en ce que la monnaie porte en elle-même une neutralité relative qui ne lui confère aucun impact positif ou négatif en soi que celui de l’usage que les hommes en font.

Il est peut être temps de rendre vraie cette assertion en conférant à l’argent une réelle fonction régalienne. Ces quelques lignes proposent une approche concrète et réaliste en ce sens.

I) Un système d’échanges innovant et responsable

a) Où la monnaie peut et doit avoir un impact maîtrisé sur nos environnements.

De nombreux exemples de monnaies complémentaires ayant accompagnés la résolution de problématiques notamment sociales démontrent la capacité qu’ont les systèmes d’échanges à influencer positivement et durablement les pratiques sociales[1] dans un environnement donné ou pour des problématiques cernées.

Les technologies actuelles autorisent la création d’une monnaie unique et universelle aux propriétés vertueuses tant pour l’économie que pour l’environnement ou la société. L’informatique permet en outre une gestion différenciée tenant compte des particularités locales pour tendre à un équilibre mondial sans pour autant gommer ces différences culturelles et sociétales qui caractérisent les différentes organisations humaines de la planète.

b) Les différents besoins universels

En économie sont distingués les différents besoins tels que l’expriment les pyramides de Maslow ou d’Henderson entre autres. En voici un résumé qui doit encore être adapté aux finalités d’une Justice d’Echange Universelle :

- besoins primaires, se nourrir, se loger, s’habiller et s’éduquer… ;

- secondaires, se déplacer, travailler, se sentir en sécurité ;

- besoins tertiaires liés à l’estime et l’insertion sociale où se situe une bonne part de la consommation dans ce qu’elle offre de paraître et de position sociale.

Considérons désormais cette grille sous un autre angle en pointant :

- ce qui est effectivement indispensable et propice à une vie digne : se nourrir, se vêtir, se loger, se meubler, être éduquer, être en sécurité et intégré dans un environnement social ;

- ce qui renforce la cohésion sociale sans nécessité de production ni de consommation à outrance : la culture avec l’art, la musique, la recherche etc. ; l’entraide, les liens intergénérationnels ; l’entretien d’un patrimoine, de biens communs, etc.

- enfin dans une troisième catégorie ce qui engendre une production de biens, consommatrice en ressources et là, nul besoin de lister, ce serait trop long.

A partir de ces grilles certes simplifiées et à compléter, il est possible d’intégrer un ensemble de règles, de variables dans une monnaie pour valoriser les pratiques vertueuses tout en pénalisant à minima les pratiques indécentes. Rassurez-vous, il ne s’agit pas d’empêcher la consommation de biens, mais bien de valoriser les bonnes pratiques tout en fixant le juste prix des biens de consommation.

Pour y parvenir, il faut établir une série de variables qui pourraient s’ajuster selon un modèle de départ appelé à s’affiner, à s’actualiser, à se mettre à jour régulièrement.

1) un revenu universel

Assurer à chaque être humain, dès sa naissance, le nécessaire pour répondre à ses besoins primaires est non négociable. Dès lors un revenu universel doit prévenir ces besoins tout en encourageant les moyens de productions y répondant.

Comment ? En intégrant une variabilité de la monnaie sur les dépenses effectuées et en valorisant la rémunération des métiers et l’entretien des ressources renouvelables répondant à ces besoins. Car en observant dans le détail, tout ce qui nous est vraiment nécessaire est parfaitement renouvelable.

2) un encouragement universel au partage

Valoriser les bonnes pratiques socioculturelles, les métiers à charge d’âme, la création de lien social et l’entraide. Instaurer une rémunération de ces pratiques. Dans l’absolu ce n’est même pas nécessaire et ce devrait être naturel mais connaissant la nature humaine, la valorisation de ces pratiques est nécessaire au moins pour une période transitoire, sans doute assez longue permettant le changement d’état d’esprit.

La même monnaie pourrait donc avoir une valeur variable en fonction des besoins réels qui sont estimés dans le temps et dans l’espace. Une région a besoin de davantage de médecins, soit, que la rémunération soit valorisée à cet endroit, le temps qu’il faut pour répondre à ce besoin immédiat avant de retrouver une certaine stabilité, tout en encourageant le maintien de la profession dans le temps et l’espace. La monnaie peut le faire, nous verrons comment dans la troisième partie.

Dans cette partie il est aussi essentiel de souligner l’utilité de chacun dans un écosystème vertueux. Même avec de faibles compétences, un être humain peut être utile s’il sait quoi faire, à qui rendre service.

Une « banque » en ligne devrait ainsi pouvoir gérer une liste de compétences et de souhaits en lien avec une liste de besoins. Cet outil serait un complément utile à l’entraide naturelle et ne devrait en aucun cas être une contrainte mais bien un encouragement. Cette « banque » devrait par ailleurs encourager la formation continue des individus…

3) une responsabilisation universelle

Notre rapport à la consommation est, le plus souvent, lié au paraître, à l’expression de déséquilibres psychologiques, de manques affectifs etc. Si les deux premières tranches de la monnaie remplissent bien leurs devoirs, la consommation devrait naturellement régresser.

Toutefois il paraît utopique de ralentir une consommation effrénée sans poser une règle supplémentaire qui soit fondée sur un socle juste. Quelle meilleure référence que les ressources effectivement disponibles sur la planète, tenant compte des générations futures ? Ainsi une manne unique et universelle de consommation peut elle être estimée et répartie équitablement entre tous. Si dès votre naissance vous avez un capital consommation de 100 et que vous souhaitez consommer davantage, ce sera forcément au détriment de votre prochain. Pourquoi pas, si une entente collective permet de mutualiser ce capital…

Ce système permettrait donc de responsabiliser l’homme face à ce qu’il est possible et juste de consommer tout en lui laissant l’entière liberté de choisir ses investissements. Toutefois la responsabilisation ne devrait pas s’arrêter là et il paraît judicieux d’intégrer à cette règle la valeur travail en n’offrant l’accès à la consommation qu’à partir du fruit d’un travail.

Ainsi les bénéfices du travail comme agent de cohésion social, économique, de développement d’une civilisation, etc., doivent être préservés et la rétribution elle aussi réellement encourageante doit perdurer. Là encore une bonne logique des variables pourrait permettre d’accéder plus facilement pour ceux qui travaillent aux échanges de la seconde catégorie ou débloquer progressivement l’accès à la consommation de la 3ème tranche de la pyramide des besoins.

4) La dimension politique de la monnaie

Cette dimension unipersonnelle voire interpersonnelle de la monnaie, en ce qu’elle satisfait des besoins et se traduit par des échanges, devra nécessairement revêtir une fonction plus globale que l’on peut qualifier de politique.

Ainsi la création, l’entretien de biens communs devrait pouvoir être encouragé, réalisé à partir des fruits du travail symbolisé par la monnaie. Comment ? Eh bien c’est là encore le rôle de la monnaie en lui attribuant une fonction politique.

Si en tel lieu, de nombreuses personnes travaillent, que les besoins primaires et secondaires sont bien satisfaits alors des infrastructures pourront être réalisées et rendues accessibles à tous par la capacité de travail excédentaire. La mesure de ces excédents pourra se comptabiliser d’autant plus aisément que tous les échanges seront informatisés.

Utopique ? Digne d’un communisme totalitaire ? Mais par quelle magie tout cela peut il prendre forme ?

« On ne peut mettre le vin nouveau dans de vieilles outres, sinon le vin tourne ; ni raccommoder un vieux vêtement avec des anciens, sinon l’ancien se déchire. »

Il faut oser la nouveauté !

II) Fonctionnement technique

Tout le système de monnaie basé sur des variables repose sur une technologie serveur avec des clients légers qui peuvent prendre la forme de téléphones portables, aujourd’hui 5 milliards de ces terminaux circulent sur la planète !

La Justice d’Echange Universelle, ne peut reposer sur le bon vouloir humain, l’histoire nous a démontré l’utopie et l’inanité d’un tel procédé qui n’a servi qu’à asservir l’homme.

Dès lors la régulation doit se faire par l’édiction de règles simples et justes, universellement reconnues permettant une adhésion générale et une confiance qui repose sur des éléments mesurables. Le code source, entendez les règles du JEU, devront donc être accessibles par tous, connues et rendues intelligibles pour tous. Ces règles devront aussi pouvoir évoluer et s’adapter au réel tout en préservant l’inconditionnel assurant la vie. C’est la raison pour laquelle tout à chacun devra pouvoir proposer des modifications, que des tests locaux (régionaux, nationaux etc.) devront être encouragés tout en demeurant intégrés au système d’ensemble.

L’évolution fonctionne par tâtonnement tout en reposant sur une base solide ; le JEU devra lui aussi partir d’un dénominateur commun stable et universellement reconnu tout en ayant une faculté d’adaptation aux environnements culturels, sociaux, climatiques, géographiques mais aussi, comme nous l’avons vu, dans le temps car les besoins et l’état des ressources évoluent constamment.

La solution technique consiste donc en la création d’un réseau suffisant de serveurs accessibles depuis le réseau Internet d’une part et de clients légers d’autre part. Ainsi les « terminaux clients » pourront être de simples téléphones. Aujourd’hui des widget peuvent réaliser en toute simplicité des opérations complexes de ce genre. Il pourrait s’agir d’un simple compte où l’on tape l’objet de la transaction (avec sa catégorie) et le montant de celle-ci avec l’accord des deux parties via authentification pour l’établir.

En outre les technologies de reconnaissance vocales ont beaucoup évolué et permettent d’envisager sérieusement l’établissement d’une emprunte vocale unique via un système d’échange apprenant. Ce qui ouvre l’accès du service à tous.

Concrètement pour ce point, il est envisageable que les serveurs répondent par un langage adapté à l’usager : je suis ici et j’appelle avec tel numéro, je suis donc accueilli dans telle langue ou idiome ; où le système apprend à identifier la personne par sa voix en l’espace d’un échange de quelques secondes qui serait à chaque fois différent. A l’arrière plan de cet outil se pose et se résout aussi la question de la sécurisation des échanges.

Ainsi en l’espace d’un dialogue, le temps nécessaire pour établir qui parle en plus du numéro d’origine, le serveur améliore sa capacité à reconnaître l’interlocuteur. Durant l’appel il sera fait état de la transaction en précisant aussi sa nature. Là encore le serveur pourra, à force d’entrainement, apprendre à catégoriser les biens et services échangés. Cette fonction sera primordiale pour établir les besoins réels dont nous avons déjà parlé et éventuellement adapter les taux, la variabilité de la monnaie… La personne ou l’organisme avec lequel se réalise la transaction s’authentifie à son tour et valide l’échange. (A approfondir pour éviter les dérives du genre je vends des courgettes et en réalité je repars avec un DVD)

Le système google est intéressant en ce qu’il permet la reconnaissance visuelle d’une œuvre ou d’un lieu et pourquoi pas d’un objet.

La possibilité d’employer des adressages ip V6 pour identifier les « objets et services » des transactions est aussi envisageable.

Une autre dérive consisterai à transporter des biens demandés (utiles) d’un endroit à un autre sans y intégrer une variable « impact/coût » transport.

III) Questions et contradictions

- Nous allons être esclaves du JEU, de sa programmation :

Eh bien entre deux esclavages, choisissons le moindre… demeurer esclaves du libéralisme et de la consommation effrénée ou bien se soumettre à un système vertueux certes exigeant mais qui favorise l’émergence d’une civilisation plus juste pour nous et nos enfants… Bref, à quel dieu sacrifier, la justice ou le pouvoir d’une domination par l’argent ?

Je suis conscient des nombreuses contraintes que cette Justice d’Echange Universelle engendrerait sur nos modes de consommation mais je crains que ce ne soit à ce prix que nous puissions reconquérir une véritable liberté et une équité face à l’argent dans l’utopique idée d’une fraternité universelle. Sinon le système actuel convient très bien pour poursuivre la domination de quelques uns sur tous, entretenir ici et là des guerres et des famines etc.

- Ce système ne sera pas adopté par tous !

Certes, mais les plus démunis, les plus fragiles y trouveront tous leur compte. On peut tabler sur du 80% vs 20% en l’espace de très peu d’années. Car c’est une monnaie aux propriétés extrêmement virales, du moins doit-elle en revêtir les propriétés. Sur ce point lire « des abeilles et des hommes » de Thanh Nghiem.

- Mais on ne remplacera pas l’argent comme ça ?!!

Qui a parlé de remplacer, ce système doit pouvoir coexister avec l’argent fiduciaire autant que celui-ci fonctionnera. La JEU accompagnera l’argent en douceur et sans contraindre qui que ce soit jusqu’à sa disparition. Car une monnaie qui rend autant de service ne pourra pas s’effacer devant une monnaie qui asservit l’homme autrement que par la force. Remplacer non, sublimer assurément.

- Ne risque-t-on pas de voir apparaître deux civilisations distinctes ?

C’est en effet bien probable avec d’un côté ceux qui s’attachent à l’argent et de l’autre ceux qui exigent une justice d’échange universelle. Toutefois l’idée est bien de déployer la JEU progressivement et parallèlement à l’argent pour que tout se passe en douceur. Mais on peut se demander combien de temps tiendront les riches sans esclaves laborieusement à leur service ? La JEU est l’outil pour une société où chacun est au service de l’autre et donc de l’ensemble.

- Mais c’est de la Science-fiction… !

Je dirai plutôt de l’anticipation, dans Fondation, Asimov met en scène un ordinateur capable de prédire l’avenir, je lui associe la pensée de Teilhard de Chardin où l’homme devient enfin acteur conscient et responsable de son évolution en créant les règles fondamentales propice à une évolution vertueuse. Se donner les moyens d’atteindre des objectifs collectivement en limitant les variables engendrées par les vices que l’homme porte.

- C’est une vision judéo-chrétienne !

Oui ! Car c’est un système qui intègre que l’homme porte en lui les germes de ce qui le détruit tel un virus psychique et que, tel un être malade il a besoin d’un antidote, de règles fermes, appelées à évoluer avec sa maturité lui offrant de s’émanciper du « produit » à la mesure de ce qu’il aura appris à aimer. Car le fondement de la règle du JEU est d’engendrer l’amour du prochain et de la vie au sens large. Cette monnaie a, à la fois, une dimension politique comme nous l’avons vu, mais aussi une portée pédagogique.

- N’est ce pas pour autant proche du 666 de l’apocalypse ?

C’est une question que je me pose à propos du système actuel dans ses finalités où justement la monnaie maintient les hommes à l’état de bêtes. Encourageant l’esclavage, la concurrence, l’asservissement, l’exploitation, le profit de quelques uns… Bref vous ferez cette liste aussi bien que moi. La JEU quant à elle propose une direction systémique de la société plutôt qu’essentiellement économique et libérale ; considérant la subsidiarité dès l’échelon personnel et familiale plutôt qu’une logique institutionnel déresponsabilisante ou pire une logique ultralibérale inique ; de même les mécanismes économiques de sous-emploi permettant de contrôler le niveau d’inflation ou la manne d’emploi n’auront plus court, le plein emploi sera assuré par une juste répartition des tâches en considération des capacités de chacun et des besoins réels de la société ; s’accordant à valoriser la coopération plutôt que la concurrence ; renforçant la notion de biens communs plutôt que la notion d’exploitation des ressources dites naturelles etc.

- N’est-ce pas tout simplement un nouveau communisme ?

Si par communisme on entend logique commune, il y a du vrai, mais nous sommes loin des erreurs du communisme marxiste léniniste. Il n’y a pas de totalitarisme dans ce système hormis la règle de la JEU qui ne fera que traduire une politique qui s’adaptera à la réalité que nous bâtissons au quotidien dans la mesure de ce qui est propice à la survie vertueuse de l’espèce ou non. Même s’il est vrai que la valeur travail est reconnue comme principe fondamental, les loisirs, la créativité, la liberté d’expression et la recherche du bonheur sont au cœur des motivations inspirant les règles de la JEU. Permettre à chaque individu de s’épanouir là où il se trouve, cultiver les identités locales pour éviter le nivellement par le bas, décourager les logiques de gains pour quelques-uns en encourageant celles au profit de tous… En maintenant l’intérêt, la motivation personnelle de participer à la vie commune, le JEU s’éloigne des conceptions communistes strictement au service de l’état.

- Mais il n’y a plus de propriété privée dans ce système ?

Et pourquoi n’y en aurait il pas ? La propriété privée a bien des avantages. En effet, être propriétaire responsabilise l’homme devant les biens qui lui sont confiés ; lui offre un intérêt à développer son capital, à le faire prospérer et à le transmettre ; tout comme nous devrions l’envisager à l’échelle planétaire.



[1] La ville de Curitiba (Brésil) avait 2 problèmes, des ordures qui s’amoncelaient dans les rues et le sous emploi des transports en commun. La rétribution de l’acheminement des déchets dans une monnaie qui ne pouvait être utilisée que pour les transports a résolu ces deux problèmes en quelques années. La qualité de l’air s’en est par ailleurs ressentie… Au japon, il existe une monnaie qui rétribue le temps passé ou les services donnés aux personnes âgées ; monnaie que vous pouvez capitaliser pour votre retraite, ou utiliser pour un proche etc.

 

 

Et si ensemble nous faisions quelque chose ?