Comment aborder la question de la santé et de la maladie sans tomber dans des analyses trop simplistes, ou à l’inverse dans des certitudes scientifiques infaillibles.
Pour introduire une réflexion globale sur la santé et la maladie, je me suis inspiré du livre de Thierry Janssen : " La maladie a-t-elle un sens ? " (Editions Fayard, 2008.)
L’auteur, chirurgien, devenu psychothérapeute, nous invite dans un premier temps à sortir des croyances aveugles et des dogmes qui nous enferment. Même si de manière paradoxale les croyances ont leur importance. On connaît maintenant l’importance de l’effet « placebo » en médecine, suffisamment démontré en laboratoire et dans le traitement de patients : croire à l’effet d’un médicament, accorder sa confiance à son médecin ou à son thérapeute ont de réelles influences sur un processus de guérison. Mais cela ne doit pas empêcher deux attitudes de base devant ces questions de santé et de maladie :
• D’abord elles font partie de processus complexes, dans le sens où Edgar Morin définit la complexité : être capable de saisir les liaisons interactives, les implications mutuelles, les phénomènes multidimensionnels ...
• Il nous faut garder une attitude sceptique (du grec skeptikos : qui observe et réfléchit) devant les différentes réponses apportées à ces questions ; c'est-à-dire refuser d’admettre une affirmation sans un examen critique préalable.
A partir de là, voilà les définitions que T. Janssen nous donne de la maladie et de la santé :
- La maladie est un phénomène multifactoriel : peuvent entrer en jeu dans le développement d’une maladie des facteurs génétiques, alimentaires, toxiques, infectieux, traumatiques, émotionnels, environnementaux… Ce qui amène à poser un certain nombre de questions : comment cette maladie est-elle survenue ? En amont, qu’est-ce qui nous a prédisposés au développement de cette maladie ? Dans quel contexte de vie survient cette maladie ?
Dans la maladie il faut distinguer plusieurs points de vue :
- Le bio-médical : l’affection de l’organisme (disease en anglais) : sens biologique.
- L’expérience subjective du malade, le malaise vécu (illness) : sens symbolique.
- Le contexte culturel, social, environnemental dans lequel survient cette maladie (sickness) : sens collectif.
Quelque soient les causes de la maladie, elle survient dans l’histoire d’une personne parce qu’un manque, un déséquilibre, un chaos s’est installé dans la vie d’une personne.
- La santé : la définition de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) : être en bonne santé, c’est connaître un état de bien être à la fois physique, psychologique, social. Là encore nous sommes dans une dimension de complexité. Il ne suffit pas de mettre en application quelques méthodes pour maintenir une bonne santé.
Quelle approche pour mieux comprendre et soigner ?
La réponse à cette question requiert des éclairages venant non seulement de la médecine et de la biologie , mais aussi de l’anthropologie, de la psychologie, voire de la philosophie.
Nous sommes bien souvent restés fixés, médecins comme malades, dans la dualité corps- esprit. Nous parlons du corps que nous avons, alors que nous sommes notre propre corps. Il y a donc le risque de ne voir que le sens biologique d’un symptôme ou d’une maladie ; ou à l’inverse de donner un trop grand pouvoir à la pensée sur le corps, de ne voir que le sens psychologique ou symbolique d’un symptôme. Par exemple : « si je tombe malade, c’est que je suis trop envahi par mes émotions ou parce que je viens de subir un traumatisme ». Cette affirmation renferme une part de vérité, mais il faut surtout éviter d’extrapoler au risque de s’enfermer dans des dogmes du style « tout est psychologique ». C’est le cas de certaines théories psychosomatiques, ou de la Nouvelle Médecine Germanique du Docteur Hamer. T. Janssen développe toute une réflexion intéressante sur cette Médecine en reconnaissant l’apport du Dr. Hamer mais aussi en critiquant et relativisant …
Il y a donc une unicité et non une dualité corps-esprit à prendre en compte dans la maladie.
La maladie a-t-elle un sens ?
C’est l’argument que tente de développer T. Janssen tout au long de son livre.
Pour lui, celui qui souffre a besoin de réorganiser sa représentation de lui-même et du monde. Sinon il risque d’être dans la survie, c'est-à-dire dans la rétention et une forme de rigidité, au lieu de vivre pleinement en laissant place à sa vitalité, la fluidité dans tout son être, la confiance en la vie et en lui. Ce qui suppose une cohérence à la fois dans notre corps, nos attitudes et nos relations. La maladie, dans ce sens, peut être un appel, une opportunité pour changer. Elle devrait être l’occasion de créer de nouvelles normes de vie, parfois supérieures aux anciennes, jamais identiques. La santé peut- donc être définie comme la possibilité d’instituer de nouvelles normes en réponse à des situations nouvelles, elle témoigne de notre capacité d’adaptation. Mais il faudrait aussi que ces changements puissent être apportés dans nos habitudes collectives, dans notre contexte environnemental.
T. Janssen ouvre aussi sa réflexion à la théorie de l’information, apportée par les découvertes de la Physique Quantique. Si la matière est la réalité tangible d’un système, l’énergie définit la potentialité pour un système d’effectuer un travail, et l’information traduit la capacité d’un système à s’organiser. Etre intelligent consiste à analyser le milieu dans lequel on vit, à s’ajuster aux variations de ce milieu, à apprendre des expériences que l’on y fait, à développer des stratégies susceptibles d’influencer le monde extérieur afin de ne plus avoir à s’adapter à ses fluctuations.
Les neurosciences ouvrent aussi aujourd’hui de nouvelles expériences dans notre compréhension de la maladie. Elles démontrent, grâce à l’Imagerie Médicale, comment notre cerveau capte tous les signaux envoyés par le corps : les connexions importantes entre notre cerveau reptilien qui décode les sensations du corps, le cerveau limbique qui est le siège de nos émotions et le néocortex qui traduit, analyse toutes les données pour agir.
Voilà pour moi un livre qui ouvre à une réflexion globale sur la maladie et la santé ; une source d’inspiration pour définir les différentes actions que nous pouvons initier au sein du pôle santé de Polen.
Jean-Luc Emeraud
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